Billions - saison 1 [décryptage]

31/10/2017


Il est rare qu’une chaîne de télévision signe pour une deuxième saison une série qui n’est à l’écran que depuis deux épisodes. C’est pourtant ce qu’a fait Showtime en 2016 pour Billions. Thriller financier tout droit sorti de l’imagination du duo de scénaristes formé par Brian Koppelman et David Lieven (Ocean’s Thirteen) – duo épaulé ici par Andrew Ross Sorkin, un journaliste financier du New York Times qui a publié Too big to fail, un livre sur les rouages de Wall Street –, la série est portée à bout de bras par ses acteurs principaux, Damian Lewis et Paul Giamatti, tous deux excellents.

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DE QUOI ÇA PARLE ?

Parti de rien, Bobby Axelrod (Damian Lewis) s’est forgé sa fortune à la force du poignet. Ou plutôt à la force de spéculations bien senties, puisque le milliardaire gravite dans le monde de la finance et se trouve être à la tête d’un puissant fonds spéculatif. Suspecté de délit d’initié, il se retrouve dans la ligne de mire de Chuck Rhoades (Paul Giamatti), procureur de l’État de New York qui met un point d’honneur à traquer et faire condamner les tricheurs. Très vite, la confrontation entre le séduisant homme d’affaires et l’intraitable homme de loi vire à un jeu du chat et de la souris explosif et de plus en plus personnel…

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SOAP AVEC UN ZESTE DE FINANCE PLUS QUE VÉRITABLE SÉRIE FINANCIÈRE

Que ceux qui seraient rebutés par l’aspect financier promis par son synopsis se rassurent : plus qu’une opposition entre justice et finance, Billions est avant tout l’opposition de deux hommes assoiffés de pouvoir. Si vous avez compris le principe de base de la spéculation, à savoir vendre des actions à un prix supérieur au prix d’achat afin de dégager un profit, cela est suffisant – les épisodes n’abritent que peu de termes financiers techniques et rebutants pour les profanes. La série se concentre surtout sur ses deux personnages principaux, en prenant soin, fort heureusement, d’éviter tout manichéisme ; faire du personnage incarné par Damian Lewis le « méchant » trader et de celui joué par Paul Giamatti le « gentil » procureur aurait été une grossière erreur. Certes, Bobby Axelrod manipule les chiffres, joue avec le système, viole les lois, mais Chuck Rhoades est pour sa part assoiffé d’un autre pouvoir, celui de faire justice à tout prix, même s’il doit, pour parvenir à ses fins, broyer des vies au passage.

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ORGUEIL ET AMBITION

Si les ficelles scénaristiques s’avèrent faciles et par trop visibles dans les premiers épisodes, elles tendent peu à peu à se faire oublier au fil du déroulement de l’intrigue, rehaussant ainsi l’intérêt de la série. Ce regain d’intérêt est notamment dû à la place de plus en plus importante que prend le personnage ambivalent de Wendy Rhoades (Maggie Siff, parfaite), la femme du procureur. Travaillant pour Bobby Axelrod, cette dernière se trouve prise sous les feux des deux camps et ne peut se prononcer en faveur de l’un ou de l’autre. Un tiraillement très intéressant.

La série souffre aussi d’une vulgarité gratuite et donc dispensable. L’homme de loi se laisse trop souvent aller à imager ses propos de manière licencieuse, ce qui n’apporte rien au récit, sinon souligner ses penchants SM. Un trait de caractère qui lui n’apporte pas grand-chose au personnage, sinon souligner que s’il représente le bien, il n’est pas pour autant dénué de vices. Néanmoins, l’orgueil du procureur et l’ambition du trader (à moins que ce ne soit le contraire) confèrent à Billions un climat tendu et prenant.

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EN RÉSUMÉ

Même avec ses défauts, Billions se regarde volontiers, la qualité de l’interprétation permettant de combler les faiblesses scénaristiques. De plus, le final haletant promet une deuxième saison intéressante.