Charles Jackson - Le Poison [critique]

29/3/2018

Best-seller dès sa parution aux États-Unis en 1944, Le Poison fut adapté au cinéma pas plus tard que l'année suivante. Cette adaptation cinématographique rencontra elle aussi un énorme succès puisqu'elle obtint à la fois l'Oscar du meilleur film et la Palme d'or à Cannes en 1946, rien que ça ! Malgré cela, le roman de Charles Jackson n'était plus disponible dans nos contrées depuis de nombreuses décennies et les éditions Belfond ont donc décidé, grâce leur soit rendue, de lui donner une deuxième vie en lui faisant une place dans leur collection « Vintage ».


Le roman se situe en 1936 et raconte la descente aux enfers de Don Birnam, un écrivain raté dévoré par l'alcoolisme. Après avoir décliné l'invitation de son colocataire de frère à venir passer quelques jours avec lui à la campagne, Don se retrouve seul dans leur appartement New-Yorkais. Dès lors il n'aura qu'un seul objectif : boire à en perdre la raison ; dès lors ses journées seront organisées dans le seul but de se procurer de l'alcool en quantité suffisante pour assouvir son désir d'ivresse. Mais d’où lui vient cette propension à l’alcoolisme ? L'abandon paternel et une homosexualité refoulée sont deux des pistes que l'auteur nous livre dans son récit.


AUTOFICTION ?

Devant lui-même affronter une sévère dépendance à l'alcool, Charles Jackson avait toutes les clés en main pour signer un roman profond et authentique sur les ravages de ce poison. Tous les effets de l'alcoolisme sont passés en revue et les descriptions sont criantes de vérité et sentent indéniablement le vécu. Un exemple : « [...] ceux qui sont sujets aux réactions inévitables, c'est-à-dire quelques heures de migraine, un estomac en capilotade, et – comble d'ironie – la nausée à la seule idée de l'alcool. Le cafard, les idées noires, les nerfs en pelote, le mal aux cheveux, la tremblote, le delirium tremens, flapi, vanné, vaseux, vasouillard. »

Qui a déjà eu affaire à l'alcool ne peut que se reconnaître dans ces quelques lignes.

Certaines scènes sont merveilleusement écrites. On pense notamment à celle où Don se réveille à l'hôpital, dans le service traitant les alcooliques, n'ayant plus aucun souvenir de comment il a pu atterrir là ; ou encore celle où il tente désespérément de trouver un prêteur sur gage ouvert un jour férié pour pouvoir mettre au clou sa machine à écrire et ainsi récupérer quelques dollars afin de s'acheter une bouteille de whisky.

Le Poison est un grand roman qui traite son sujet avec talent et grâce. Lisez-le !


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Couverture Le Poison Charles Jackson
Charles Jackson
Le Poison
Belfond Vintage – 2016
384 pages

17,00 €

Charles Jackson
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