Charlotte Brontë - Jane Eyre [critique]

28/5/2018

Lorsque que l’on évoque la littérature anglaise du XIXe siècle et ses chefs-d’œuvre, deux romans viennent tout de suite à l’esprit : Orgueil et préjugés et Jane Eyre. Impossible d’en placer un au-dessus de l’autre sans avoir maille à partir avec les partisans de celui qui se voit relégué en deuxième position ; et pourtant, force est de reconnaître que le roman de Charlotte Brontë, grâce à la magnificence de son écriture, surpasse – d’un rien – celui de Jane Austen. Portées par la vénusté de la plume de l’auteure, les tribulations de la jeune gouvernante s’avèrent passionnantes, et le plaisir de lecture irréfragable.


Jane, orpheline, est recueillie par sa tante, Mrs Reed. Élevée en inférieure à ses cousins qui la maltraitent sans répit, elle est finalement envoyée en internat suite à une forte rébellion contre sa tante. Jane a alors dix ans. Après huit années passées dans l’établissement – six en tant qu’étudiante et deux en tant que professeure –, Jane aspire à changer de vie et publie une annonce dans un journal local pour trouver un poste de préceptrice. Mrs Fairfax l’embauche alors pour faire l’éducation d’Adèle, la protégée de M. Rochester, quarante ans, riche propriétaire du château de Thornfield-Hall où Jane va désormais vivre. Commence alors pour la jeune fille une vie riche en émotions.

SOUVENIRS D’ENFANCE

Les premiers chapitres de Jane Eyre sont considérés comme autobiographiques par de nombreux observateurs. En effet, tout comme son héroïne, Charlotte Brontë a passé beaucoup de temps en pension, affrontant seule les difficultés d’une jeune femme de son époque et forgeant ainsi son caractère. De plus, elle a également perdu deux de ses sœurs, Elizabeth et Maria, très jeunes de la tuberculose, ce qui l’a sûrement inspirée pour la mort du personnage d’Helen Burns au début de l’histoire. Enfin, comme Jane, Charlotte a été préceptrice.


UN ROMAN FEMINISTE AVANT L’HEURE 

Que de rebondissements, que de nœuds dans l'intrigue, que de personnages délicieusement croqués ! Jane Eyre est un roman dense, mais cela est une réelle qualité car cette densité permet de rester un long moment immergé dans cette histoire que l'on n'a pas envie de quitter. Le lecteur se surprend à être triste d'en avoir terminé avec Jane ; il est triste de quitter cette orpheline aux qualités humaines rares et à la gentillesse paroxysmique ; il est triste que le roman n'ait pas, malgré sa consistance, quelques centaines de pages supplémentaires. La plume de Charlotte Brontë, d’une finesse incomparable, est pour beaucoup dans l’émergence de cette mélancolie « positive » au moment de refermer le livre.

Mais Jane Eyre est également un roman féministe écrit à une époque où cela était mal vu pour une femme de s’afficher comme tel : ce n’est pas un hasard si le volume a d’abord été publié sous pseudonyme masculin (Currer Bell). En imaginant un personnage féminin indépendant qui décide de prendre en main sa destinée, Charlotte Brontë allait, en plus de devenir une des plus grandes figures de la littérature anglaise, se poser en précurseur d’une écriture féminine et féministe, inspirant des générations entières de romancières.

Ajoutez à cela une critique de la société victorienne qui stigmatisait et engonçait les femmes dans ses conventions, et vous obtenez un roman indispensable. Un chef-d'œuvre de plus pour la littérature anglaise du XIXe siècle !


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