Colson Whitehead - Underground Railroad [critique]

24/2/2018

Dire que le sixième roman de Colson Whitehead, Underground Railroad, est un succès d’édition est un euphémisme. Véritable phénomène outre-Atlantique, l’ouvrage a eu les honneurs de deux des plus prestigieux prix littéraires américains : le National Book Award en 2016 et le prix Pullitzer de la fiction en 2017. Le succès est tel que Berry Jenkins, le réalisateur de Moonlight, Oscar du meilleur film l’année passée, a rapidement acquis les droits du roman afin de l’adapter sous forme de mini-série. Mais si Underground Railroad s’avère très agréable à lire et que sa déclinaison télévisuelle sera très certainement de qualité (on a hâte de voir le résultat), l’ampleur du phénomène semble malgré tout, hors considération historique, quelque peu disproportionnée.



Cora, seize ans, est une jeune esclave née sur une plantation de coton en Géorgie. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant (cette dernière s’est évadée en laissant sa fille derrière elle), elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir avec lui, sa réponse est d’abord négative ; puis elle reconsidère sa position et accepte finalement la proposition du jeune homme. Alors, au péril de sa vie, elle va tenter de gagner les États libres du nord afin de conquérir sa liberté. Mais, traquée par un impitoyable chasseur d’esclaves, sa tâche sera loin d’être aisée.


CONTEXTE HISTORIQUE

Le chemin de fer clandestin auquel fait référence le titre du roman de Colson Whitehead n’était pas un vrai chemin de fer (c’est un parti-pris de l’auteur que de le décrire ainsi), mais un simple réseau de routes clandestines qui étaient utilisées par les esclaves pour rejoindre les États américains abolitionnistes, aidés dans leur périple par certains américains blancs qui adhéraient à ce courant de pensée et souhaitaient donc voir l’esclavagisme disparaitre. L’utilisation du terme « chemin de fer » pour désigner ce réseau est dû au fait que ses membres se servaient de la terminologie ferroviaire dans le code sémantique mis en place pour parler en toute discrétion dudit réseau. Ainsi, par exemple, un « chef de train » désignait un guide, une « station » était un lieu isolé où les esclaves – les « passagers » – en fuite pouvaient se reposer, et ce lieu appartenait à un « chef de gare ».

A partir de ce point de l’histoire, Colson Whitehead a imaginé un récit romanesque haletant et émotionnellement fort ; un récit romanesque, certes, mais un récit politique et philosophique ancré dans la réalité de l’histoire américaine. Car cette période sombre reste aujourd’hui encore un sujet tabou chez l’oncle Sam et, d’après l’auteur : « L’esclavage est au programme des écoles, mais on survole le sujet. » Ce dernier a donc compulsé les archives et les témoignages collectés dans les années 30 par le Federal Writers’ Project (projet du gouvernement fédéral américain visant à subventionner les travaux écrits et à soutenir les écrivains à l’époque de la Grande Dépréssion) pour coller au plus près de la vérité.


COUP DE CŒUR DE BARACK OBAMA

Et si ces travaux de recherches ont permis à Colson Whitehead d’apporter un gage d’authenticité à son roman au point que Barak Obama en personne a révélé avoir eu un véritable coup de cœur pour le livre, si la plume alerte et cinématographique de l’auteur  font du récit de la fuite de Cora une odyssée visuelle jamais ennuyeuse, il faut quand même reconnaître qu’on est loin de la traque et de la fuite perpétuelle annoncée par la quatrième de couverture de l’ouvrage.

Underground Railroad n’en reste pas moins un très bon roman sur lequel vous auriez tort de ne pas vous jeter !



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Couverture La Vie Secrète d'Elena Faber
Colson Whitehead
Underground Railraod
Albin Michel – 23/8/2017
416 pages
22,90 €

Colson Whitehead
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