Erskine Caldwell - La Route au tabac [critique]

25/11/2017

Après Le Bâtard en 2013 et Haute tension à Palmetto en 2015, c’est au tour de La Route au tabac, le troisième roman de Erskine Caldwell initialement paru en 1932, d’être réédité par les éditions Belfond, dans leur collection « Vintage ». Régulièrement censuré du fait de ses descriptions de la misère crasse et des comportements parfois à la limite de l’humanité des personnages peuplant ses ouvrages, l’initiative de rééditer certains des romans de l’auteur américain afin de permettre aux lecteurs de notre époque moins puritaine de le découvrir est à saluer. Et à soutenir.


La famille Lester vit dans l’indigence la plus totale depuis que Jeeter, le père, n’est plus en mesure de cultiver la plantation de coton de la ferme familiale. Métayer, les crédits auprès des commerçants de la ville lui ont été coupés lorsque son propriétaire est parti s’installer dans une autre région en lui laissant l’usufruit des terres. Depuis, il se trouve dans l’impossibilité d’avancer les frais de semence et donc de récolter le coton qui lui permettrait de subvenir aux besoins de sa famille. La Route au tabac raconte le quotidien difficile et délétère de cette famille à la pauvreté endémique, poussant ses membres à commettre des actes peu reluisants pour survivre.


AUTRE TEMPS, AUTRE MŒURS

A la lecture de ce roman, on comprend ce qui a pu choquer dans des temps où les mœurs n’étaient pas les mêmes que celles de notre époque débridée où plus rien, ou presque, ne froisse l’opinion – en littérature, en tout cas. Le parler vulgaire des personnages ? On a lu bien pire depuis. Leur manque d’humanité ? Demandez donc à Patrick Bateman ce qu’il pense de ces enfants de chœur et de leurs misérables péchés qui passeraient pour véniels à côté de ses meurtres abominables. La misère crasse dans laquelle ils tentent de survivre ? Ce n’est que de la littérature, ancienne qui plus est, donc pas de risque que certains lecteurs s’identifient et le prennent mal comme ce fut le cas à la sortie de l’ouvrage.

En 2017, le lecteur est habitué à toutes ces choses et ne s’offusquera pas le moins du monde de la moralité toute relative de la famille Lester.


LA ROUTE À LA MISÈRE

Il reste alors un roman qui dépeint de manière saisissante la misère et les conséquences sur l’esprit humain d’une vie passée dans le dénuement le plus total. Comment la faim peut pousser quelqu’un à se rendre voleur, à devenir égoïste ; comment le manque peut pousser à jalouser la réussite d’autrui, à se renfermer sur soi-même ; comment la disette peut amener à abjurer sa famille, à renier ses racines. Un sujet grave abordé au travers de scènes tantôt graves, tantôt frisant le burlesque.

Un roman qui parle d’une autre époque, mais un roman qui n’a rien perdu de son intérêt.

La Route au tabac
Erskine Caldwell
La Route au tabac
Belfond Vintage - 2/11/2017
220 pages
17,00 €

Erskine Caldwell

https://i.imgur.com/E8v5UWb.jpg

Erskine Caldwell