Flaubert - L'Éducation sentimentale [critique]

22/5/2018

Boudé par la critique à sa parution en 1869, L’Éducation sentimentale a depuis acquis ses lettres de noblesse, grâce notamment à Marcel Proust qui le défendit vivement de son vivant. Profondément attristé par l’échec d’un roman dont la rédaction lui prit beaucoup de temps et d’investissement – cinq longues années d’écriture ainsi que de très nombreux repérages et diverses enquêtes historiques –, Flaubert eut l’impression que son lectorat était passé à côté de ses règles narratives nouvelles. S’il est vrai que le livre révolutionna à l’époque le genre du roman d’apprentissage, il ne fait également aucun doute que ce dernier, par certains aspects, se trouve être déstabilisant. Déstabilisant, mais pas dénué d’intérêt pour autant, cependant.


Le 15 septembre 1840, Frédéric Moreau, un jeune homme de dix-huit ans, rentre chez lui à Nogent-sur-Seine. Sur le bateau qui le mène à Montereau, il fait la connaissance d’une femme qui va le fasciner : Madame Arnoux. Dans la calèche qui relie Montereau à Nogent-sur-Seine, il se promet de la revoir. Va alors s’ensuivre pour le jeune homme, sur une période de onze ans, projets ambitieux, turpitudes et désillusions qui rythmeront sa vie au gré d’événements historiques réels (renversement de la monarchie de Juillet et instauration de le seconde République).

UN TRAVAIL HISTORIQUE CONSIDÉRABLE

L’Éducation sentimentale se déroule en grande partie pendant la période instable qui a conduit à la fin de la monarchie de Juillet et à l’instauration de la seconde République. Flaubert, ayant vécu cette période, a voulu y ancrer son roman et, pour cela, a conduit de nombreuses recherches pour que cette toile de fond historique et politique soit d’une véracité sans faille. De plus, il y fait état de sa propre sensibilité en prêtant à certains de ses personnages des réflexions qui lui sont propres. Cet ancrage dans le réel fait que L’Éducation sentimentale est autant un roman historique qu’un roman de fiction.


HISTOIRE D’AMOUR SUR FOND D’ÉVOLUTION POLITIQUE 

Comme le disait Flaubert lui-même, l’idée de base de L’Éducation sentimentale est de : « […] faire l’histoire morale des hommes de ma génération, sentimentale serait plus vrai. C’est un livre d’amour, de passion ; mais de passion telle qu’elle peut exister maintenant, c’est-à-dire inactive. » Et c’est cette inactivité qui va régir la vie de Frédéric Moreau tout au long du roman : son amour pour l’inaccessible Madame Arnoux mettra à mal tous ses plans, annihilera tous ses rêves et le guidera sur le chemin de la désillusion, tout en le poussant à agir par dépit. Cette inactivité sera si frustrante pour le personnage qu’il se désintéressera pratiquement complètement des tourments politiques pourtant forts qui agitent le pays en toile de fond.

Au final, si la rédaction de L’Éducation sentimentale demanda à Flaubert un travail cyclopéen, si son œil neuf sur le roman d’apprentissage fait de cet ouvrage un roman à part, il faut malgré tout reconnaître que l’aspect historique du récit complexifie quelque peu le propos pour le lecteur du XXIe siècle (de nombreuses et parfois prolixes, mais néanmoins nécessaires, notes de bas de page éclaircissent sur le contexte politique de l’époque). L’Éducation sentimentale se trouve donc être un roman plaisant, aucun doute sur ce point, mais cependant par moments peu digeste.


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1869
668 pages

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