Inge Schilperoord - La Tanche [critique]

1/10/2017

Récompensé par le prestigieux Bronze Owl Award et finaliste de quatre des plus grands prix littéraires aux Pays-bas, Muidhond, le premier roman de Inge Schilperoord – rédactrice et critique pour de prestigieux journaux de son pays –, a passionné les critiques néerlandaises en 2015. La néo-romancière a également longtemps exercé le métier de psychologue judiciaire et c'est au contact des repris de justice qu'elle côtoyait alors que lui est venu l'idée de son roman – roman édité en France en cette rentrée littéraire par les éditions Belfond sous le titre La Tanche. Un ouvrage qui, s'il a déchaîné les critiques, à également semé le trouble en s'attaquant à un sujet tabou : entrer dans la tête d'un homme en lutte contre lui-même et contre ses pulsions pédophiles.


Jonathan sort de prison. Dans le bus qui le ramène chez sa mère, il se répète ce que lui a dit le psychologue de l'établissement où il a été enfermé plusieurs mois avant d'être libéré faute de preuves : ce n'est pas lui qui est mauvais, ce sont ses actes. C'est pour cela que s'il arrive à organiser rigoureusement ses journées, il sera un homme meilleur. Alors Jonathan se promet de s'occuper de sa mère asthmatique, de retourner travailler à l'usine de poissons, de promener le chien et d'aller à la pêche. Il restera seul et ne parlera à personne. Il va s'occuper les mains et l'esprit – tout faire pour ne pas replonger ; tout faire pour ne pas se laisser déborder par ce que lui inspire la fillette qui habite jusqu'à côté...


UN ROMAN CHOC

En son temps, Nabokov avait fait scandale avec Lolita, chef-d'œuvre narrant la relation d'un homme mûr avec une nymphette de douze ans. S'il serait exagéré de parler de scandale en évoquant La Tanche – l'époque n'est plus la même –, il convient néanmoins d'admettre que le propos de ce roman n'en reste pas moins dérangeant. Inge Schilperoord invite le lecteur à plonger dans le cerveau d'un pédophile et, autant le dire tout de suite, ce dernier n'en ressortira pas indemne. Sans aucun jugement ni parti-pris, l'auteur dresse le portrait psychologique d'un homme tiraillé par ses pulsions, un homme qui sait que certaines de ses pensées sont contraires à la bienséance et qui met tout en oeuvre pour les combattre, pour les mettre en sommeil à défaut de pouvoir les annihiler complètement. Malheureusement pour cet homme, le surgissement dans sa retraite paisible et isolée d'une fillette représentant pour lui la tentation va mettre à mal ses efforts.


UNE TENSION QUI MONTE CRESCENDO

A l'aide de phrases simples et courtes, Inge Schilperoord distille un climat malsain qui va se tendre peu à peu, à mesure que les pulsions du personnage prendront le pas sur sa raison. La deuxième partie où tout semble être sur le point de basculer contraste avec la première ou le personnage parvient à maîtriser ses émotions en s'enfermant dans une routine salvatrice. Fort de son expérience de psychologue, l'auteure expose de manière convaincante le délitement de la psyché du personnage.

Loin d'être un récit pour s'évader, la lecture de La Tanche plonge le lecteur, du fait de la position de "voyeur" dans laquelle le roman l'immerge, dans un malaise profond. Cependant, loin d'être un récit dévoyé pour autant, la lecture de La Tanche se justifie de par ses qualités littéraires indéniables et de son brillant traitement d'un sujet ô combien difficile.


La Tanche
Inge Schilperoord
La Tanche
Belfond - 17/8/2017
224 pages
21,00 €

Inge Schilperoord
Inge Schilperoord

Inge Schilperoord
Inge Schilperoord