John Irving - La Quatrième main [critique]

5/3/2018

La Quatrième main est un roman un peu à part dans l’œuvre de John Irving dans le sens où ce dernier est relativement court et narre l’histoire de son personnage principal sur une période assez brève, contrairement à l’habitude de l’auteur de couvrir la vie entière de ses protagonistes – ce qui explique la densité habituelle de ses ouvrages. Mais, bien que ne présentant pas la profondeur et l’abondance coutumières des récits de son auteur, le dixième roman de John Irving n’en demeure pas moins un bon cru, même s’il est loin d’être au niveau des chef d'œuvres que sont Le Monde selon Garp ou L'Œuvre de Dieu, la part du Diable, pour ne citer que ces deux-là.


Dans ce roman, nous faisons la connaissance de Patrick Wallingford, journaliste au charme ravageur qui, lors d’un reportage en Inde, s’est fait dévorer la main gauche par un lion. L’accident, filmé, est passé en boucle sur les chaînes du monde entier, faisant du reporter manchot une star mondiale. Ne voulant pas entendre parler de prothèse, le malheureux va alors tenter de se faire greffer une main et, dans cette optique, va faire la connaissance du docteur Zajac, un médecin un peu particulier, et de Doris Clausen, la veuve du donneur qui va réclamer à son nouveau propriétaire un « droit de visite » sur la main de son défunt mari.


BURLESQUE ET TRUCULENT

John Irving est un auteur atypique qui n’a pas son pareil pour croquer des personnages décalés devant faire face à des situations tout aussi loufoques. Le meilleur exemple pour illustrer cela est la cocasserie extrême des scènes de sexe qui sont à ce point saugrenues que leur incongruité en ôte toute concupiscence ; loin d’être émoustillé, le lecteur se surprend plutôt à rire et à se demander où l’auteur peut bien être allé chercher tant de burlesque dans des situations qui, en temps normal, se trouvent être sérieuses et excitantes. Ceci dit, si le burlesque des situations le dispute à la truculence des personnages, cette Quatrième main manque quand même de profondeur pour qu'elle trouve sa place parmi la crème des ouvrages de John Irving.

Ce roman est loin d’être mauvais, comme nous l'avons souligné en préambule, mais l’auteur américain nous a tellement habitués à la magnificence que l’on est forcément plus sévère avec lui qu’avec un autre !




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Couverture La Quatrième main
John Irving
La Quatrième main
Seuil – 5/4/2002
384 pages
21,30 €

John Irving
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