Jonathan Safran Foer - Me voici [critique]

4/1/2018

Comptant parmi les écrivains rares (trois romans seulement en quinze ans), Jonathan Safran Foer débarque en nos contrées avec Me voici, son nouvel ouvrage qui expose un sujet douloureux, le divorce. Ou plutôt la longue et inexorable dissolution d’un couple qui mène au divorce. Un pavé tragi-comique en partie autobiographique – comme le personnage principal de son récit, il a dû encaisser un cuisant divorce avec la mère de ses enfants, la romancière Nicole Krauss – qui traite des choix à l’heure de l’effondrement du couple et de la dislocation du monde.


Alors qu’il est sur le point de fêter sa bar-mitsva, le fils de Jacob et Julia Bloch, soupçonné d’être l’auteur de propos racistes, se fait renvoyer de son lycée. Le même jour, Julia découvre un téléphone « secret » appartenant à son mari et contenant des textos plus pornographiques les uns que les autres. Dès lors, le couple va se déliter. Julia va douter à la fois de la sincérité de son fils qui assure ne pas avoir commis les faits qui lui ont valu son renvoi de l’école, et de la fidélité de son mari qui lui jure pourtant ses grands dieux qu’aucun adultère concret n’a eu lieu, et qu’il s’est cantonné à l’écriture de SMS licencieux. Et, cerise sur le gâteau, en plus de ses soucis conjugaux, le couple va devoir composer avec la mort du grand-père de Jacob et un séisme en Israël qui va ébranler la diaspora juive du fait de ses conséquences géopolitiques désastreuses.


DIALOGUISTE HORS PAIR

La première chose qui saute aux yeux en entamant la lecture de Me voici est la qualité exceptionnelle des dialogues ; Jonathan Safran Foer excelle dans ce domaine et les mots qu’ils placent dans la bouche de ses personnages font mouche à tous les coups. Les échanges entre les différents protagonistes sont finement composés, merveilleusement tournés, et drolatiques à souhait – il n’est pas rare de partir d’un éclat de rire à leur lecture. Des dialogues désopilants qui confinent à l’excellence.


CORROSION DES SENTIMENTS

Tout au long du roman, l’auteur américain s’échine à disséquer, avec une acuité confondante, l’usure du sentiment amoureux aux prises avec la vie domestique et le temps. Comment Julia et Jacob, après seize années d’un amour sans failles, en viennent à décider de se séparer. C’est là le motif central de Me voici, développé à travers la vision de Jacob, le narrateur. Mais c’est loin d’être le seul : l’ouvrage renferme de nombreuses autres réflexions, allant des aspirations de la jeunesse à la religion, en passant par l’héritage, tant familial que spirituel. Et l’affliction inhérente à tous ces sentiments, Jonathan Safran Foer choisit de la contrer par une formidable impétuosité et de l’envelopper d’une intense drôlerie.

Malheureusement, lorsque la géopolitique fait son apparition au mitan du récit, ce dernier se trouve alourdi et son intérêt affaibli. Certains chapitres sont alors clairement de trop car portant par trop le sceau de l’absurde. C’est dommage car, sans cela, Me voici n’aurait pas été loin d’être un roman foisonnant, certes, mais surtout majeur.


Me voici
Jonathan Safran Foer
Me voici
L'olivier – 28/9/2017
752 pages
24,50 €

Jonathan Safran Foer

Jonathan Safran Foer

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