Jusqu'à la garde [coup de cœur]

13/2/2018



Film coup de poing, Jusqu’à la garde, le premier long-métrage de Xavier Legrand, est la suite directe d’un court-métrage intitulé Avant que de tout perdre (César du meilleur court-métrage en 2014 et sélectionné pour l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction la même année), court-métrage que le cinéaste avait tourné en 2013. Encensé, à juste titre, par la critique et le public, le film peut se targuer d’atteindre une excellence rarement atteinte lors d’un premier film.

Jusqu'à la garde


Miriam Besson (Léa Drucker) a fui le domicile conjugal et quitté Antoine (Denis Ménochet), son mari. En plein divorce, le couple se dispute la garde de Julien (Thomas Gioria), leur jeune fils de onze ans. Malgré les accusations portées par Miriam qui prétend que son ex-conjoint les maltraite et une lettre de Julien où ce dernier indique explicitement qu’il ne veut plus voir son père, la juge en charge du dossier décide d’accorder une garde partagée et contraint l’enfant à passer un week-end sur deux avec son père. Pris en otage et en tenaille entre ses parents, Julien va alors devenir un instrument de reconquête et de pression.

Jusqu'à la garde


NAISSANCE D’UN TRÈS GRAND CINÉASTE

Le film commence par un plan séquence qu’on pourrait croire tiré d’un documentaire. Froid. Clinique. Xavier Legrand observe un conflit comme il y en a malheureusement des milliers dans la « vraie » vie : un couple séparé se dispute la garde d’un enfant, chacun accusant l’autre de mille maux. Miriam demande la garde exclusive de Julien sous prétexte que ce dernier refuse de voir son père. Ce dernier proteste. Dubitative, la juge décide d’accorder à Antoine le droit de visite qu’il réclame. Commence alors la lente mutation du film vers le thriller ; Xavier Legrand installe petit à petit un suspense de plus en plus anxiogène et étouffe le spectateur qui, à mesure que l’intrigue se déroule devant ses yeux, va retenir son souffle. D’abord seulement par moments, puis de plus en plus souvent, pour finir carrément en apnée dans le final, glaçant.

La mise en scène de Xavier Legrand est au cordeau. Imparable. Le film est une expérience intense qui épuise, bouscule, émeut. Nul doute que nous assistons à la naissance d’un très grand cinéaste.

Jusqu'à la garde


DES ACTEURS ET DES IDÉES

Le film fonctionne grâce à plusieurs choses. Le talent du réalisateur qui distille l’angoisse avec génie (la scène de la fête, magistrale, où, sans dialogues – ils sont couverts par la musique de la fête – il parvient à tenir en haleine le spectateur) et la justesse des acteurs principaux. Léa Drucker et Denis Ménochet sont subjuguants, respectivement en mère apeurée et en pervers narcissique, et le jeune Thomas Gioria, malgré son âge, proche de la perfection dans son rôle.

Jusqu’à la garde fourmille de longs plans séquences anxiogènes ; des plans minimalistes et épurés qui distillent l’angoisse insidieusement. L’absence de musique – autre que celle de la vie des personnages, brillante idée – est également pour beaucoup dans le sentiment de malaise qui s’instille dans le spectateur au fur et à mesure du visionnage.

Vraiment, tout est proche de la perfection dans ce film, de la réalisation à l’interprétation, en passant par l’astucieuse double lecture de son titre.

Jusqu'à la garde

EN RÉSUME

Premier film brillant et bouleversant, Jusqu’à la garde entraîne le spectateur dans un tourbillon d’émotions dont il ne sort pas indemne.


Jusqu'à la garde
Un film de Xavier Legrand
2018

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