La Forme de l'eau [coup de cœur]

7/3/2018



Grand favori de la dernière cérémonie des Oscars, La Forme de l’eau a été, sans surprise, le grand vainqueur de la soirée et est reparti avec quatre statuettes dans sa besace, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Guillermo del Toro. À cinquante-trois ans et après le Golden Globe obtenu en début d’année, le talent du cinéaste mexicain est enfin reconnu par ses pairs lors de la plus prestigieuse cérémonie de récompenses cinématographiques.

La Forme de l'eau


Muette et sans famille, Elisa (Sally Hawkins) vit dans une profonde solitude. Les seuls rapports humains qu’elle entretient sont avec Giles (Richard Jenkins), son voisin de palier, illustrateur publicitaire au chômage aussi seul qu’elle et avec Zelda (Octavia Spencer), sa collègue de travail au tempérament volcanique. Ensemble, elles effectuent le ménage dans un laboratoire gouvernemental de Baltimore où le colonel Strickland (Michael Shannon), un homme brutal et altier, vient de ramener un humanoïde amphibien qu’il a capturé dans une rivière d’Amérique du sud où il était considéré comme un dieu par les autochtones. Fascinée par la créature, Elisa va établir le contact et sympathiser avec cette dernière. Jusqu’au jour où Strickland obtient de son supérieur l’accord de pratiquer une vivisection. Elisa va alors décider de faire évader l’amphibien, ce qui va mettre Strickland dans un état de rage incommensurable.

La Forme de l'eau


ODE À LA DIFFÉRENCE

Dans La Forme de l’eau, Guillermo del Toro rend subtilement hommage aux laissés-pour-compte d’antan (le film se situe au début des années 60), ignorés dans la réalité comme dans la fiction. L’héroïne muette, sa collègue noire et son voisin homosexuel, trois particularités qui font de ces personnes respectables des citoyens sur lesquels personne ne s’attarde. Le cinéaste mexicain leur rend la parole et les place dans la lumière avec affection et bienveillance. Il va même jusqu’à renverser les valeurs en faisant du personnage incarné à la perfection par Michael Shannon le véritable monstre du film, alors que ce dernier a tout de la figure conventionnelle du héros.

La Forme de l'eau


HOMMAGE AU CINÉMA

Guillermo del Toro ne s’en cache pas, son film est un hommage à L’Étrange créature du lac noir, l’un des ses premiers émois cinéphiliques. On peut également voir dans La Forme de l’eau des références à La Belle & la bête et à l’univers de Jean-Pierre Jeunet – sans pour autant crier au plagiat, cependant. Visuellement, le dixième film du cinéaste mexicain est tout bonnement splendide ; chaque détail du décor, chaque plan est un pur régal pour l’œil et la somptueuse photographie tout en couleurs froides instille une ambiance allégorique jouissive. Le tout porté par la splendide partition composée par Alexandre Desplat (cocorico), partition récompensée par l’Oscar de la meilleure musique.

À noter également le jeu sans-faute des acteurs qui livrent des partitions impeccables et tirent le long-métrage vers le haut.

La Forme de l'eau

EN RÉSUME

Ode à la différence édifiante et visuellement splendide, La Forme de l’eau exsude la fascination de Guillermo del Toro pour les monstres. Le cinéaste mexicain signe là l’un de ses plus beaux films.


La Forme de l'eau
Un film de Guillermo del Toro
2018

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