Margaret Atwood - La Servante écarlate [critique]

28/12/2017

Lorsque l’on évoque le genre du roman dystopique, le lecteur chevronné mentionnera à coup sûr 1984, le chef-d’œuvre de George Orwell, ou, s’il se trouve être un « young adult », la saga Hunger Games de Suzanne Collins – mais il fera plus rarement référence à La Servante écarlate, pourtant un des plus célèbres ouvrages de Margaret Atwood. Publié pour la première fois en 1987 en France, le roman a récemment fait l’objet d’une adaptation sous forme de série télé (The Handmaid’s tale, produite par la plateforme de vidéo à la demande Hulu et diffusée en France depuis juin 2017 sur OCS Max), adaptation qui a ravivé l’intérêt du public pour le récit original. Détenteurs des droits d’édition, les éditions Robert Laffont ont profité de ce regain d’intérêt pour publier, dans leur collection Pavillons Poche, une version flambant neuve des tribulations liberticides de Defred, la servante écarlate.


À une époque où la plupart des femmes sont devenues infertiles à cause de la pollution et de la présence de déchets toxiques dans l’atmosphère, la république de Gilead, pour tenter d’enrayer la baisse de la natalité, a instauré un régime totalitaire. Afin de contrôler les naissances, les femmes ont été réparties en plusieurs classes : les Épouses, seules représentes de la gente féminine jouissant encore de quelques libertés individuelles ; les Marthas, bonnes à tout faire qui entretiennent les maisons des Épouses ; les Servantes écarlates, femmes destinées à la reproduction ; et les Tantes, dont la mission est d’élever les Servantes écarlates afin que ces dernières acceptent leur rôle d’esclave reproductrice sans broncher (elles sont en effet « offertes » à des Épouses infertiles afin d’être fécondées par les maris de celles-ci).

Defred est l’une de ces Servantes écarlates. Elle n’a plus d’identité propre, son patronyme indiquant son appartenance à son maître (de Fred), plus aucune liberté, et ne vit que pour « offrir » un enfant au couple à qui elle a été offerte. Pourtant elle se souvient de son vrai nom et de la vie d’avant, de sa vie d’avant, avec son mari et sa fille.


ANTICIPATION TERRIFIANTE

Ce qu’il y a de glaçant dans les récits dystopiques, c’est que l’on se dit que la fiction pourrait devenir un jour réalité. Dans 1984, George Orwell avait imaginé une société où chaque individu est épié, une société où les faits et gestes de chacun sont scrutés en permanence au détriment des libertés individuelles. Si nous sommes aujourd’hui loin du totalitarisme présent dans le roman de l’écrivain britannique, les nouvelles technologies ont brisé l’anonymat, et internet et nos nombreux objets connectés enregistrent et compilent nos habitudes de vie en permanence. Ce n’est pas encore Big Brother, mais nous n’en sommes malgré tout pas très loin et le jour où toutes ces données seront utilisées à mauvais escient, les conséquences pourraient être désastreuses…

C’est la même chose avec la société imaginée par Margaret Atwood dans La Servante écarlate. Il n’est pas difficile de se figurer que des expédients interlopes ou totalitaires émergeront le jour où la fertilité (qui ne cesse de décroitre depuis les années 50, du fait de la délétion de la spermatogenèse, notamment) deviendra un problème et que la procréation deviendra moins aisée. Il y a encore de la marge, certes, la population mondiale ne cessant de croître malgré cette baisse de la fertilité constatée par les scientifiques, mais dans un futur que nous ne connaîtrons sûrement pas, qui sait…


LA SERVANTE ASSERVIE QUI S’ENNUIE

D’un point de vue strictement littéraire, Margaret Atwood narre le quotidien de Defred à l’aide d’une prose somptueuse. L’auteure canadienne compose une société dystopique « réaliste » et la décrit avec grâce : chaque mot, chaque phrase sont un délice à lire et un enchantement pour les yeux. Et si au final il ne se passe pas grand-chose dans la vie de cette jeune femme privée de ses libertés individuelles, ou si peu, cela ne nuit pas à la qualité globale de l’ouvrage tant ce dernier regorge, en creux, de critiques envers notre société – charges malheureusement toujours d’actualités en 2017 !


La Servante écarlate
Margaret Atwood
La Servante écarlaye
Robert Laffont – 29/9/1987
544 pages
11,50 €

Margaret Atwood

Margaret Atwood

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