Michel Le Bris - Kong [critique]

23/11/2017

Il y a des auteurs qui publient un livre famélique tous les ans, et d’autres qui prennent le temps de la réflexion et de la recherche, qui travaillent d’arrache-pied pendant des années pour accoucher de romans cyclopéens narrant des épopées dantesque. Michel Le Bris fait partie de cette deuxième catégorie puisque pas moins de huit années de travail lui auront été nécessaires pour accoucher des 910 pages qui composent Kong, son nouvel ouvrage. Et quel ouvrage ! Ce roman époustouflant raconte avec talent, et dans une prose somptueuse, la genèse de l’un des plus grands mythes du cinéma, le tout à la fois terrifiant et attendrissant King Kong.



Deux jeunes gens sortent sonnés de la Grande Guerre. L’un, Ernest Schoedsack, a filmé l’horreur dans la boue des tranchées ; l’autre, Merian Cooper, héros de l’aviation américaine, sérieusement brûlé, sort d’un camp de prisonniers. Ils se rencontrent dans Vienne occupée, puis se retrouvent à Londres où naît le projet qui va les lier pour la vie. Comment dire la guerre ? Comment dire ce puits noir où l’homme s’est perdu – et peut-être, aussi, révélé ? Pas de fiction, se jurent-ils : le réalisme le plus exigeant. S’ensuivent des aventures échevelées : guerre russo-polonaise, massacres de Smyrne, Abyssinie, épopée de la souffrance en Iran, tigres mangeurs d’hommes dans la jungle du Siam, guerriers insurgés au Soudan…

Leurs films sont à couper le souffle, on les acclame. Eux font la moue. Manque ce qu’ils voulaient restituer du mystère du monde. Déçu, Cooper renoncera quelque temps – pour créer avec des amis aviateurs rien moins que la Pan Am ! – avant d’y revenir.

Ce sera pour oser la fiction la plus radicale, le film le plus fou, pour lequel il faudra inventer des techniques nouvelles d’animation. Un coup de génie. Une histoire de passion amoureuse, mettant en scène un être de neuf mètres de haut : King Kong.


TOURBILLON NARRATIF

Si l’épaisseur du roman peut rebuter de prime abord, il ne faut pourtant pas se laisser intimider, au risque de passer à côté d’un monument. Kong entraîne le lecteur dans un tourbillon narratif, dans une cavalcade trépidante qui s’étire sur de nombreuses années. Cooper et Schoedsack veulent « filmer au plus près du réel » et vont parcourir le monde pour cela, plus heureux dans les coins les plus reculés et les plus spartiates du globe que dans le confort de la vie en Amérique et à Hollywood. Les deux amis vont traverser les bouleversements de l’après-guerre et affronter la crise de 29 sans jamais se départir de leurs rêves de cinéma et, au final, réussir à les concrétiser.

Kong se doit d’être lu comme l’histoire d’un parcours artistique : comment, en essayant de dire le trou noir de la guerre, deux réalisateurs en viennent, d’expérimentation en intuition, de questionnement en réflexion, de film en film, à imaginer l’histoire d’un singe géant qui va s’éprendre d’une belle blonde. Michel Le Bris a parfaitement réussi son pari d’un livre aussi large que possible.


KONG MAIS PAS QUE

S’il est un reproche à faire à Kong, c’est à son titre qu’il est adressé, du fait de son côté un peu réducteur. Le roman aborde certes la genèse du film réalisé par Cooper et Schoedsack, mais cette genèse prend racine tellement en amont de la réalisation du long-métrage, au sortir de la première guerre mondiale, que ce titre ne peut résumer à lui seul le contenu de l’ouvrage qui chemine sur de nombreuses années et conte de nombreuses épopées avant d’en arriver à évoquer King Kongà proprement parler. Mais comment condenser une telle odyssée dans un titre ? Il fallait bien lui en trouver un.

C’est donc là un reproche bien mince au vu de la qualité de l’ouvrage !


Kong
Michel Le Bris
Kong
Grasset - 16/8/2017
944 pages
24,50 €

Michel Le Bris
Michel Le Bris
Michel Le Bris
Michel Le Bris
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