Michel Moutot - L'America [critique]

28/5/2020

Découvert par le plus grand des hasards lorsque j’ai été juré pour le Prix du meilleur roman des lecteurs de Points en 2016, Michel Moutot est instantanément devenu un de mes auteurs préférés, tant Ciel d’acier – son premier roman en lice et victorieux cette année-là – m’a transporté par la grâce de son écriture. C’est donc naturellement que je me suis jeté sur son second roman – Séquoias, tout aussi éblouissant – en 2018 et sur L’America aujourd’hui. Et, sans parler de déception car la magnificence de l’écriture de Michel Moutot est toujours là, je dois bien avouer que ce troisième roman m’a légèrement moins emballé que les précédents, la faute à une intrigue un peu moins romanesque et prenante que ce à quoi l’auteur a habitué ses lecteurs.



Lorsqu’il s’éprend de la belle Ana, Vittorio Bevilacqua, tout juste vingt ans et pêcheur de son état, ne se doute pas que cette rencontre va changer sa vie à jamais. En tout cas, sûrement pas comme il aurait pu l’imaginer. Nous sommes en 1902, sur une petite île au large de la Sicile et Vittorio doit brusquement tout quitter pour filer vers le Nouveau Monde où bon nombre de ses concitoyens ont déjà émigré pour des raisons diverses et variées. En Amérique il tentera d’oublier Anna tandis que cette dernière, enceinte du jeune pêcheur, fera tout pour le retrouver.

L'AMÉRIQUE, J’VEUX PAS L’AVOIR, MAIS JE L’AURAI

Sur la forme, L’America est fidèle au style développé par Michel Moutot, à savoir un récit d’aventure ayant pour toile de fond des évènements réels et traversé par des personnages ayant existés (ici, Jack London). Et à l’intérieur de ce canevas, il relie les événements réels et fictifs d’une plume simple mais capiteuse. C’est pour tout cela que j’apprécie autant les romans de cet auteur ; de l’aventure sans esbroufe saupoudrée d’événements réels, soit un cocktail enivrant.

Cependant, sur le fond, j’ai pour la première fois de toutes petites, de minuscules réserves. En effet, si à aucun moment je me suis ennuyé, je dois malgré tout avouer que ma lecture, cette fois-ci, n’a pas été aussi prenante que celles des deux précédents romans de l’auteur, la faute à des tribulations un poil moins passionnantes. Mais soyons clair : L’America est un roman qui a malgré tout toute sa place dans le haut du panier.

Qui plus est, la fin en forme d’uppercut au menton du lecteur est de très haute facture et, même si je me doutais qu’il y avait mammouth sous gravillon, je n’avais pas imaginé cela. Bravo Michel !


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Michel Moutot
L'America
Seuil – 5/3/2020
432 pages

À Propos de l'auteur

Michel Moutot est reporter à l'Agence France-Presse.

Lauréat du prix Albert-Londres en 1999, correspondant à New York en 2001, il a reçu le prix Louis-Hachette pour sa couverture des attentats du 11 Septembre.

Son premier roman, Ciel d'acier, a reçu le prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points en 2016.

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