Olivier Bourdeaut - Pactum Salis [critique]

24/1/2018

Après avoir écrit un premier roman jamais publié, Olivier Bourdeaut a fait une entrée en littérature tonitruante en 2016 avec En attendant Bojangles – le livre a reçu de nombreux prix littéraires, s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires, a été traduit dans 30 langues et acquis dans plus de pays encore, a eu droit à sa version BD et a été adapté au théâtre et au cinéma (film en cours de tournage) – et se livre aujourd’hui à l’exercice périlleux du deuxième roman. Pactum salis, à nouveau publié par les éditions Finitude, se retrouve donc sur les étals des libraires quasiment deux ans jour pour jour après En attendant Bojangles avec la lourde tâche de ne pas décevoir les lecteurs qui ont succombé au charme délicieusement loufoque de la famille sans nom de ce qu’il convient donc aujourd’hui d’appeler un succès d’édition.


Michel, exubérant agent immobilier parisien en pleine réussite professionnelle mais en pleine déconfiture personnelle, se rend en villégiature dans les Pays de la Loire et passe son temps à s’alcooliser plus que de raison. Un matin, après une cuite mémorable, il se réveille dans un marais salant de Guérande sans se souvenir de comment il a atterri là. Il fait alors la connaissance de Jean, paludier taciturne et solitaire qui, après s’être rendu compte que le touriste éméché, avant de s’endormir dans son marais, a souillé son labeur en urinant sur ses tas de fleur de sel, l’invective violemment. Ce sera le point de départ d’une amitié improbable entre deux hommes que tout oppose. Pour le meilleur et pour le pire.


AMICITIA PACTUM SALIS

De cette locution latine signifiant « l’amitié est un pacte de sel » – entendez par là que, comme le sel, l’amitié est inaltérable –, Olivier Bourdeaut a tiré le titre de son deuxième roman (prévu un temps de s’appeler L’Impasse du marais au Roy, du nom de l’endroit où se déroule une partie du récit – titre finalement recalé par l’auteur lui-même, le jugeant « trop régional, trop médiéval, trop pompeux »). Un roman qui tranche avec l’ambiance délicieusement loufoque de son prédécesseur. S’il n’est plus question d’absurde et de lyrisme dans Pactum salis, les péripéties des deux personnages principaux s’avèrent malgré tout hautes en couleurs et la plume d’Olivier Bourdeaut, bien que plus sèche, reste agréablement cocasse.


SEMI-CONFIRMATION OU SEMI-DECEPTION, AU CHOIX

Mais, en dépit de toutes ses qualités, on ne peut s’empêcher d’être légèrement déçu en refermant ce nouveau roman d’Olivier Bourdeaut. Non pas que ce dernier soit raté, loin de là – c’est même un bon roman –, mais il souffre forcément de la comparaison avec son prédécesseur qui était enthousiasmant. Mais voyons le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide : même s’il n’est pas aussi brillant que En attendant Bojangles, Pactum salis confirme malgré tout le talent d’un auteur autodidacte avec lequel il faudra dorénavant compter dans le paysage littéraire français.


Pactum salis
Olivier Bourdeaut
Pactum salis
Finitude – 4/1/2018
256 pages
18,50 €

Olivier Bourdeaut
Olivier Bourdeaut
Olivier Bourdeaut
Olivier Bourdeaut