Racine - Britannicus [critique]

30/11/2017

Après trois tragédies grecques (La ThébaïdeAlexandre le Grand et Andromaque) et un intermède comique (Les Plaideurs), Racine choisit, avec Britannicus, sa première tragédie romaine, de chasser sur le terrain de Corneille. Ce dernier reprochant à son confrère d’avoir affadi le genre de la tragédie en soumettant toutes les actions des principaux personnages à la tendresse amoureuse, Racine eut à cœur de montrer qu’il pouvait adapter son esthétique tragique à un autre cadre, plus « sérieux » que les légendes grecques, du fait de sa dimension historique et politique. Malheureusement pour lui, Britannicus, à sa création, ne déchaina pas les foules et ce n’est qu’avec le temps que la pièce acquit la renommée qui est la sienne de nos jours.


Épris de Junie, promise à son frère adoptif Britannicus, Néron, l’empereur romain, a fait enlever cette dernière afin de gagner ses faveurs. Agrippine, la mère du souverain et belle-mère de Britannicus, tente de faire entendre raison à son fils afin de maintenir la paix familiale. Mais Néron ne l’entend pas de cette oreille et est prêt à tout pour parvenir à ses fins, y compris écarter son rival – fût-il son propre frère – par quelque moyen que ce soit.


BRITANNICUS, AGRIPPINE OU NÉRON ?

« Ma tragédie n’est pas moins la disgrâce d’Agrippine que la mort de Britannicus » écrit Racine dans sa préface de 1675. Et en effet, le personnage du titre étant très en retrait dans la pièce, cela amène le lecteur à se questionner sur le sujet réel de l’œuvre. Britannicus ? Agrippine ? Ou bien encore Néron, qui constitue assurément le personnage pivot de la tragédie ? Difficile de répondre de manière irrécusable à cette question.

Quoi qu’il en soit, Racine a construit son intrigue autour de ce triangle familial, intrigue qui mêle pouvoir, politique, passion amoureuse et roublardise. Néron veut se débarrasser de Britannicus à tout prix et ne va pas ménager ses mensonges pour y parvenir.


FRÈRES ENNEMIS ET TRANSPORTS AMOUREUX

Si dans la réalité Néron tua Britannicus pour garder son titre d’empereur, Racine modifia légèrement l’histoire pour superposer à l’intrigue politique une dimension psychologique : pas de bonne tragédie sans inclinations ! Donc, même si les amours des personnages sont ici bien moins présentes que dans Andromaque, par exemple, elles n’en restent pas moins une composante importante du récit.


TOILE DE FOND HISTORIQUE

Tragédie politique romaine, Britannicus a pour toile de fond la passion du pouvoir et son usage, ce qui a historiquement valu à nombre d’empereurs romains de mourir assassinés ou empoisonnés. Néron y est dépeint comme un despote politique et familial, un être qui veut contrôler le destin de tous les autres personnages en les soumettant à sa volonté. Pour cela, il n’hésite pas à utiliser tous les moyens conférés par son statut et à user de procédés peu scrupuleux, comme lorsque, caché derrière un rideau, il épie l’entretien entre Britannicus et Junie (acte II, scène 6).

Moins prenante que d’autres tragédies de Racine, Britannicus n’en reste pas moins fort agréable à lire et on se régale des somptueux alexandrins composés par l’auteur. Sur ce point, le talent du dramaturge n’est plus à démontrer !


Britannicus
Racine
Britannicus
Folio classique – 1669
224 pages
3,00 €

RAcine

Racine

Racine

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