Sing Street [coup de cœur]

16/11/2017



Sorti sur seulement 48 écrans fin 2016, Sing Street est logiquement passé inaperçu (97 615 entrées). Et c’est bien dommage tant ce film mérite d’être vu. Ode à l’adolescence, à la musique, à l’amour et à l’amitié, ce long-métrage incarne l’amour passionné de son réalisateur pour la musique, présente dans la plupart de ses films (lui-même musicien, John Carney a été bassiste au sein du légendaire groupe irlandais The Frames dont il a également réalisé certains clips), et pour son pays, l’Irlande. Pays où le cinéaste revient tourner après un passage plus que réussi sur les terres de l’oncle Sam (New York Melody).

Sing Street


Dublin, 1985. Contraint de changer de lycée car ses parents, touchés par la crise économique, n’ont plus les moyens de payer ses études, Connor (Ferdia Walsh-Peelo, aux faux-airs de Billie Joe Armstrong) fait la connaissance de l’impénétrable Raphina (sublime et envoutante Lucy Boynton) et en tombe immédiatement amoureux. Pour attirer son attention, il s’invente un groupe de rock, lui promettant même qu’elle pourra assister à une de leurs répétitions. Ne pouvant plus reculer, il n’a pas d’autre choix que de former un groupe – chose faite dans l’urgence avec ses nouveaux camarades de classe.

Sing Street


ROCK’N’ROLL IS A RISK

Évidemment, de par son propos, la musique est énormément présente dans le film. La bande originale contribue grandement à l’ambiance du film, que ce soit au travers des excellents morceaux composés par John Carney pour l’occasion – des morceaux « sonnant » parfaitement années 80 avec de splendides lignes de basse mélodiques mises en avant – et joués par Connor et ses acolytes, ou grâce aux titres des artistes de l’époque (The Cure, Duran Duran, Motörhead, The Jam, A-Ha, etc.) qui jonchent le film.

La musique est le fil conducteur du métrage et permet aux membres du groupe, et plus particulièrement à Connor qui écrit les textes des chansons, d’exprimer leurs émotions et leurs ressentis sur la vie qu’ils mènent dans leur quartier de Dublin et dans leur lycée religieux à la discipline de fer.

Sing Street


DRIVE IT LIKE YOU STOLE IT

Au-delà de la romance adolescente, le film se veut l’évocation de la transformation de Connor – un récit initiatique sur fond social, à une époque où la crise économique poussait les jeunes irlandais à chercher l’eldorado en Angleterre. Connor et son groupe forgent leur identité dans un émouvant et vivifiant tâtonnement. Le scenario, riche et intime, est transcendé par une réalisation pêchue et les somptueux décors naturels – notamment ceux utilisés lors des tournages des clips vidéo du groupe – montrant un Dublin gris et froid. De plus, la reconstitution vestimentaire parfaite (longs manteaux, jeans serrés, etc.) plonge le spectateur dans l’ambiance des années 80 de manière jubilatoire.

Sing Street


Dessiné avec soin, chaque personnage bénéficie d’une interprétation brillante (chapeau bas aux jeunes acteurs dont c’est, pour la plupart, la première expérience) et une psyché particulière, aux failles propres à chacun. Le rôle du frère de Connor, joué par Jack Reynor, est sur ce point éminemment intéressant : n’étant pas parvenu à imposer son point de vue musical au sein de la cellule familiale et ayant abandonné ses rêves de grandeur au point de devenir un loser, il va s’évertuer à conseiller son jeune frère afin qu’il ne commette pas les mêmes erreurs que lui, et va ainsi lui permettre de se développer en tant qu’individu.

Devant Sing Street, on rit, on pleure, et on se remémore avec nostalgie les années lycée ou l’on était prêt à tout pour impressionner la fille qui nous faisait chavirer le cœur. Un film galvanisant où tout donne des frissons, aussi bien de joie que d’émotions !

Sing Street

EN RÉSUME

Sing Street est un délicieux bonbon acidulé dont le goût continue à titiller les papilles longtemps après sa dégustation.


Sing Street
Un film de John Carney
2016