Virginie Despentes - Vernon Subutex, 2 [critique]

4/6/2018

Cinq mois après le tome initial, Virginie Despentes est déjà de retour sur les étals des libraires avec le deuxième volume de Vernon Subutex. On y retrouve les personnages principaux du tome précédent agrémentés de quelques nouvelles têtes qui vont venir pimenter le récit encore un peu plus. Un deuxième volume qui confirme toutes les qualités entrevues dans le premier tome.


Vernon Subutex est toujours dans la rue et s’est réfugié sur la butte Bergeyre, de plus en plus déconnecté de la réalité. Il a perdu ses repères. Ses anciens amis se sentent coupables de ne pas l’avoir aidé mieux, tandis que certaines personnes sont toujours à la recherche des enregistrements d’Alex Bleach. Malgré l’insistance de ses amis, Vernon refuse de sortir de la rue et s’installe dans un coin de la Petite Ceinture avec des clochards, tout en retrouvant chaque jour sa bande de potes dans le parc des Buttes-Chaumont. La Hyène parvient finalement à faire main basse sur les enregistrements mais, au lieu de les remettre au producteur Dopalet comme convenu, les montre à l’ensemble de la bande. Ce qui se trouve sur ces bandes va exacerber la haine et les ressentiments de certains.

Malgré son mutisme et son comportement erratique, une communauté s’organise peu à peu dans les Buttes-Chaumont autour de Vernon.

CRITIQUE ACERBE ET VISION PESSIMISTE

Que dire des réflexions sur notre société que Virginie Despentes exprime par le truchement de la bouche de ces personnages ? Elles sont froides et violentes – elles vous glacent le sang –, mais elles sont pertinentes, judicieuses et sagaces. Difficile de ne pas partager sa vision des choses à 200% ! La plume de la Nancéenne est acerbe et tranchante comme un couteau parfaitement affûté ; elle ne se voile pas la face et dépeint un monde faux, égoïste, consumériste, où seuls les nantis ont droit de cité – notre monde, en somme. Le tout parsemé de références punk-rock qui raviront les amateurs du genre (qui d'autre qu'elle est capable de placer A coup de battes de base-ball des Shériff dans un bouquin ?) – la bande-son de ce livre est jouissive !

En épilogue de cette critique, nous citerons Pierre Vavasseur, journaliste au Parisien, qui a parfaitement résumé la substance de l’odyssée de Vernon Subutex : « Une comédie humaine d'aujourd'hui dont Balzac pourrait bien se délecter. »

Ou encore Frédéric Beigbeder – auteur talentueux lui aussi – qui a écrit dans Le Figaro Magazine : « On se doutait que Despentes pouvait écrire une grande fresque, mais on ne savait pas qu'elle y parviendrait avec une telle grâce. »


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Vernon Subutex, 2
Virginie Despentes
Vernon Subutex, 2
Grasset – 10/6/2015
400 pages

À Propos de l'auteur

Née à Nancy en 1969, Virginie Despentes, après avoir exercé nombres de petits boulots, fait une entrée en littérature fracassante en 1993 avec Baise-moi, un premier ouvrage choc.

Elle a depuis publié neufs romans et en a adapté elle-même deux au cinéma (Baise-moi et Bye-bye Blondie).

Elle est également membre de l'académie Goncourt depuis 2016.