William S. Burroughs - Junky [critique]

9/12/2018

D’abord publié sous le pseudonyme de William Lee, Junky, le premier roman de William S. Burroughs, fit scandale à sa sortie en 1953 (il faudra attendre 1972 pour que le livre soit traduit en français) ; le puritanisme américain de l’époque ne goûta que très peu le sujet du roman, à savoir la drogue et la déchéance que la toxicomanie engendre. Le temps donnera pourtant à Junky un statut de classique de la littérature américaine et William S. Burroughs deviendra l’une des figures emblématiques de la Beat Generation, aux côtés de ses confrères et amis Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Mais que reste-t-il du parfum de scandale de ce roman au crépuscule de 2018 ? Plus grand-chose. Et si Junky est un très bon ouvrage, classer ce dernier parmi les classiques semble cependant exagéré.


William Lee, double romanesque de William S. Burroughs est un héroïnomane en errance. De New York à Mexico, Junky raconte son expérience de la came, de la privation, de la prison et de la fuite.

24H – OU PLUS – DE LA VIE D’UN JUNKY

Ce qui interpelle le plus à la lecture de Junky, ce sont les allures de documentaire que le regard terriblement lucide de l’écrivain, qui fut lui-même toxicomane, confère au récit. Peu d’action, pas de rebondissements et encore moins de climax dans ce roman, non, juste une succession de scénettes de la vie d’un camé. L’auteur relate avec un réalisme cru les journées d’un drogué préoccupé par une chose et une seule : se procurer sa dose quotidienne. Tout le reste n’est qu’accessoire.

L’aspect documentaire du récit est par ailleurs renforcé par le choix qu’à fait l’auteur d’user d’une prose sobre dénuée de tous oripeaux – aucun mot ne nécessitant une recherche dans le dictionnaire, aucune tournure de phrase alambiquée, une ponctuation simple –, sans toutefois que cela ne gâche le plaisir de lecture. Au contraire, le lecteur traverse le récit d’une traite (non chapitré, le récit ne forme qu’un bloc fluide) et avec plaisir.

Un très bon roman sur l’addiction, donc, mais loin de sa réputation de « classique ». Dans le genre, Le Poison de Charles Jackson – un roman traitant de l’alcoolisme – est nettement plus addictif et Littérature & Culture vous le conseille vivement !


A LIRE AUSSI SUR LITTÉRATURE & CULTURE

Junky
William S. Burroughs
Junky
1953
288 pages

À Propos de l'auteur

William S. Burroughs est né le 5 février 1914 à Saint-Louis, Missouri, et est mort dans sa propriété de Lawrence, Kansas, de complications liées à une crise cardiaque le 2 août 1997. Il est associé à la Beat Generation et à ses figures emblématiques : ses amis Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Il a élaboré le cut-up, technique littéraire consistant à créer un texte à partir d'autres fragments textuels d'origines diverses.

William S. Burroughs