John Irving – L'Œuvre de Dieu, la part du Diable [critique]

07/01/2021

Il n'est pas facile pour moi de ne pas verser dans le dithyrambe lorsque je parle d'un roman de John Irving, mais je vais tout de même essayer de me contenir. Ce n'est cependant pas gagné tant L’Œuvre de Dieu, la part du Diable appartient, à mon humble avis, à la catégorie des chefs-d’œuvre de l'auteur – disons-le sans ambages.


Comme (presque) toujours, l'histoire que nous narre John Irving se déroule dans le Maine ; elle débute dans un orphelinat retiré du monde où le docteur Wilbur Larch réalise « l’œuvre de Dieu » en mettant au monde des enfants non désirés – et qui resteront dans l'établissement dans l'attente d'être adoptés – mais également « la part du Diable », qui consiste à pratiquer des avortements clandestins (l'action se déroule à une époque où l'avortement n'était pas encore légalisé). La vie de l'établissement, jusqu'ici réglée comme du papier à musique, va être chamboulée lorsque va naître Homer Wells, un orphelin qui ne parviendra pas à se faire adopter et qui va, de fait, grandir à l'orphelinat, faisant naître au plus profond du docteur Wilbur Larch des sentiments que sa mise à l'écart volontaire de la société ne devait jamais lui faire connaître. Mais Homer va finir par partir et tomber amoureux. Alors, lui l'orphelin abandonné à sa naissance par sa mère, va sentir poindre le désir de vivre une « vraie » vie, une vie de famille, et s'éloigner peu à peu de l'orphelinat... pour mieux y revenir !


L'ŒUVRE DE JOHN IRVING

Quel bonheur, quelle extase, quelle jouissance de lire ce roman ! (Ça y est, je suis dithyrambique, c'est plus fort que moi...) John Irving, comme à son habitude, nous livre un roman-fleuve s'étirant sur de nombreuses décennies, contant la vie de ses personnages avec une profusion de détails. Certains – rares – y voient des digressions inutiles, moi j'y vois la densité d'une fresque dépeinte grandiosement. On ne s'ennuie pas une seule seconde ; on plonge dans le roman avec délectation et on s’enivre de l'épopée qui nous est contée, de la pensée profonde de l'auteur qui nous touche comme lorsque le dénouement final approchant, deux personnages échangent :

            C'est dur d'avoir envie de protéger quelqu'un et d'en être incapable, fit observer Ange.
               – On ne peut pas protéger les gens, petit, répondit Wally. Tout ce qu'on peut faire, c'est les aimer.


Et ce style. Ah ! mes aïeux, quel style ! Ces tournures de phrases, cette poésie, cette magnificence dans la ponctuation ! John Irving est l'auteur qui m'a fait me pencher sur la ponctuation ; c'est lui qui m'a fait rencontrer le point-virgule dont je suis, depuis, tombé éperdument amoureux ; c'est lui qui m'a fait comprendre que ce signe n'était pas désuet, malgré ce que veulent bien nous faire croire certains linguistes.

Jetez-vous sur ce livre. Jetez-vous sur cet auteur. Et dépêchez-vous, car si à cinquante ans on a pas lu l’œuvre de John Irving, on a quand même raté sa vie !

A LIRE AUSSI SUR LITTÉRATURE & CULTURE

hotel_new_hampshire
une_prière_pour_owen
la_quatrième_main
dieu_diable
John Irving
L'Œuvre de Dieu, la part du Diable
1/5/1986 – Seuil
630 pages

À Propos de l'auteur

John Irving est né en 1942 et a grandi à Exeter (New Hampshire). Avant de devenir écrivain, il songe à une carrière de lutteur professionnel. À vingt ans, il fait un séjour à Vienne. Puis, de retour en Amérique, il travaille sous la houlette de Kurt Vonnegut Jr à l'atelier d'écriture de l'Iowa. Premier roman en 1968 : Liberté pour les ours !, suivi de L'épopée du buveur d'eau. La parution du Monde selon Garp est un événement. Avec L'Hôtel New Hampshire, L'Œuvre de Dieu, la part du diable, Une prière pour Owen, Un enfant de la balle, Une veuve de papier et Je te retrouverai, l'auteur accumule les succès auprès du public et de la critique.

john_irving